En janvier 2021, Nathalie Bouchard prenait la tête d’Ubisoft Québec. Elle entrait dans un tout nouvel univers en pleine pandémie. Pour souligner ce premier anniversaire, on avait envie de refaire l’exercice du Q&A avec elle pour en savoir davantage sur l’évolution des derniers mois, mais aussi pour savoir ce qu’elle a en tête pour l’avenir du studio de Québec. 

Quand tu repenses maintenant à ton entrée en poste chez Ubisoft Québec, avec du recul, est-ce que tu es heureuse de comment ça s’est déroulé?

Je dois dire que ça super bien été. Malgré le contexte et la distance, j’ai eu l’opportunité de réellement connecter avec les gens. Je m’étais donnée comme priorité de bien comprendre cette culture et j’ai la conviction d’être maintenant 100% intégrée, de réellement comprendre les enjeux, les défis, et les opportunités.

Bon, c’est sûr que je ne croyais pas, 1 an plus tard, être ENCORE derrière mon écran à la maison. Comme bien des gens, j’ai travaillé ma résilience. Je ne me cache pas non plus d’avoir hâte de retrouver un studio vivant où on peut avoir des échanges plus spontanés et des connexions plus humaines.

 

Tu souhaitais revenir t’installer dans la belle ville de Québec? Y es-tu arrivée?

Oui! C’est chose faite depuis l’été 2021. Je fais la moitié de mon temps à Québec et l’autre moitié en télétravail dans les Laurentides. J’ai trouvé un super appartement que j’adore dans le quartier St-Roch, tout près du studio. J’en ai d’ailleurs profité pour redécouvrir la ville ainsi que la force de l’entrepreneuriat local de Québec.

On y trouve des dizaines de commerces indépendants pour faire nos emplettes. Un de mes lieux préférés est sans contredit la rue Saint-Joseph et la Librairie Pantoute : un arrêt obligatoire chaque fois que je suis en ville.

 

1 an plus tard, le télétravail est plus d’actualité que jamais. Parle-nous de comment tu vois cette transition lorsque la pandémie sera ENFIN derrière nous?

En ce moment, je pense que ce qui nous pèse, c’est l’absence de choix. On est tous chez nous, en attendant que les choses redeviennent un peu plus normales. Personnellement, j’ai surtout hâte de vivre et de poursuivre l’espèce de révolution du monde du travail qui est en cours actuellement.

Cette crise nous a donné l’opportunité de nous remettre en question. À cause de la COVID, on a dû prendre du recul sur la façon dont on organise le travail, on a pu revoir les paradigmes et se questionner sur nos façons de faire des jeux vidéo. J’essaie de me concentrer sur le positif et je suis vraiment emballée de voir la suite. À partir de maintenant, on ne recule pas : on avance!  Notre défi sera de tirer le meilleur de tout ça.

 

Quel sera l’impact de la pandémie sur les façons de faire au studio?

On ne peut plus être statique, on doit voir comment le marché, l’industrie et notre monde évoluent.  On doit garder un mindset Agile. On était déjà là pour nos jeux, mais là, c’est beaucoup plus large. Ça vient toucher toutes les sphères de notre travail. On commence à entrevoir l’avenir et ça m’anime.

Comment on va s’organiser? Quels moyens on se donne? Ces questions sont fascinantes et clairement le modèle hybride sera présent. On va devoir être ouvert, écouter ce que les gens veulent, et se permettre de faire des expérimentations pour trouver les meilleurs arrangements et outils pour nos équipes.

Personnellement, je crois que le studio sera toujours un lieu de rencontre et de socialisation. C’est en ce sens qu’on travaille actuellement avec Coarchitecture pour repenser l’utilisation de nos espaces. Comment on peut bonifier notre offre? Comment on peut revoir la collaboration au studio? Est-ce qu’on peut aller ailleurs avec nos installations? À terme qu’est-ce que ça veut dire? Est-ce qu’on a trop d’espace avec UbiNord et UbiSud? On se pose beaucoup de questions et on ne ferme aucune porte. Chose certaine, nous ne sommes pas dans un mode « coupures », pas du tout. Je suis vraiment emballée de voir où nous mènera cette réflexion. J’ai surtout hâte qu’on lâche un peu cette phase théorique pour enfin être dans le pratique.

 

Les derniers mois t’ont permis d’en apprendre davantage sur l’industrie du jeu vidéo.  Quels sont les apprentissages que tu as pu faire?

J’ai plongé encore plus profondément dans l’univers des jeux vidéo. J’ai commencé notamment à jouer à Assassin’s Creed, mais je dirais que j’ai encore besoin de coaching.

Ma première année a surtout été faite de nombreuses rencontres où j’ai pu poser toutes les questions possibles et inimaginables pour bien saisir cet univers. L’industrie est tellement fascinante, toujours en mouvement, toujours en train d’innover et de repousser les limites de la technologie. J’ai vraiment eu la chance de découvrir une industrie vivante, en constante transformation. Ça tombe bien, je suis une passionnée des transformations et je trouve ça vraiment trippant de faire partie de ces grands mouvements.

 

À pareille date l’an dernier, nous parlions de ta vision d’avenir pour le studio et tu nous disais « vouloir remettre l’humain au centre de l’organisation ». Où en es-tu aujourd’hui par rapport à cet objectif que tu t’étais fixé au départ?

Je pense sincèrement qu’aujourd’hui ce n’est plus qu’un objectif, c’est quelque chose qui se vit au studio, c’est une mission qu’on porte. On veut tous être une référence dans le groupe, dans notre écosystème et j’ai le sentiment que c’est notre cas. Quand je regarde notre évolution, nous sommes établis à Québec depuis 17 ans maintenant, on est un studio lead qui a fait ses preuves et qui continue de se challenger. Le studio est composé de gens qui veulent triper, livrer les meilleures expériences de jeu possible et faire une différence dans leur industrie.

Mettre l’humain au centre, c’est exactement ça. Ça veut dire trouver un sens dans le travail qu’on fait au quotidien. Dans la dernière année, on a travaillé sur notre leadership, on a exploré des thèmes importants comme la conciliation travail – famille, le droit à la déconnexion, la façon dont on crée ensemble, comment on aide notre monde à évoluer et à grandir avec nous.  Le plan « la NOUVELLE vie à Ubi » est l’un des beaux pas en ce sens, que ce soit nos 6 semaines de vacances universelles pour tou.tes, la possibilité de faire du temps partiel, la bonification du congé parental, etc.

Et ce n’est que le début, on a encore du travail à faire. On va continuer de mettre l’humain au centre de nos réflexions et nos actions. Si nos équipes se sentent bien et sont en santé, c’est tout le studio qui va en bénéficier.

 

Le 18 décembre dernier, tu as vécu ton premier lancement chez Ubisoft Québec avec les récits croisés d’Assassin’s Creed Odyssey et Valhalla. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ce projet et ton expérience?

D’un point de vue commercial, notre premier objectif était de raviver l’intérêt envers la marque Assassin’s Creed. Ce qu’on a réussi à faire. Ce projet a également contribué à faire en sorte que la marque ait son meilleur Noël à vie sans la sortie d’un nouveau jeu.  C’est donc une excellente nouvelle.

D’un point de vue humain, je suis super fière de ce projet, car ça été l’occasion pour de nombreuses personnes de prendre des nouveaux rôles de leadership. On a permis à notre monde de se développer, de tester de nouvelles façons de faire, et ça été un succès sur toute la ligne. Ils ont fait ça en respectant le calendrier établi, en prenant des vacances et en profitant de notre horaire d’été allégé. C’est d’ailleurs un aspect qu’on a surveillé de très près, car il n’était pas question de tomber dans des enjeux de crunch time. Aujourd’hui, lorsqu’on fait le bilan de ce projet, on voit des gens fiers d’avoir livré un résultat de qualité et dans un contexte sain.

 

Il s’en est passé des choses quand même depuis notre dernière entrevue, peux-tu nous partager une ou plusieurs réalisations qui te rendent fière?

Il y a beaucoup de choses qui m’ont rendue très fière dans la dernière année. Évidemment que le plan « la NOUVELLE vie à Ubi » fait partie de nos beaux accomplissements. Ce qui me motive le plus dans ces nouvelles mesures, c’est qu’elles envoient le message qu’on fait confiance à nos employé·es. Qu’on comprend et valorise l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle en se donnant les moyens de nos ambitions. Ce n’est pas une recette magique.

Maintenant, la prochaine étape c’est revisiter la façon dont on peut développer notre monde, faciliter et soutenir l’évolution individuelle de chacun.e. Je suis membre actuellement d’un projet pilote ayant pour but de créer une Académie du Leadership au sein du groupe. Cette initiative vise à se doter d’un parcours clair en matière de développement de carrière à l’interne. À terme, on veut qu’Ubisoft Québec soit connu non seulement comme un hub créatif, mais aussi comme un hub de développement de l’humain. C’est un aspect trop souvent mis de côté et on doit y remédier.

Finalement, je veux également faire un petit clin d’œil aux collègues qui m’ont envoyé des feedbacks tout au long de l’année en disant voir le changement de culture s’opérer et avoir envie de poursuivre leur évolution avec nous. Ça m’a beaucoup touchée et motivée à la fois.

 

Quelles sont tes ambitions pour le studio dans la prochaine année?  

Dans les derniers mois, nous avons sélectionné 3 chantiers primordiaux qu’on veut développer et intégrer à nos façons de travailler : l’évolution notre mentalité Agile, le leadership conscient pour l’ensemble des employé.es et bonifier au maximum notre expérience employée.

J’ai la conviction profonde que dans un marché aussi concurrentiel, on doit aller encore plus loin pour être l’endroit où tout le monde veut travailler. Si on ne se met pas en marche, l’industrie va avancer sans nous et on va manquer le bateau. Ce n’est pas ce qu’on veut. Il y a trop talent et de passion chez Ubisoft Québec. Nous sommes dans un bon moment actuellement au studio, notre calendrier de production nous permet de faire évoluer nos pratiques à l’intérieur de nos projets et de faire des changements qui seront porteurs pour l’avenir. 2022 sera une belle et motivante année, chargée de réflexion et de remise en question.